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Swimrun de Hvar : un baptême à la force des bras et des jambes !

otillo hvar 2017 2À l'impossible, nul n'est tenu ! C'est le constat que l'on est obligé de dresser à la sortie de cette magnifique épreuve de swimrun, début avril, au départ de l'île de Hvar, en Croatie. Lors de cette première édition, 58 des 101 équipes au départ n'ont pas pu terminer. Épreuve trop dure, barrières horaires trop courtes, courants et houles trop prononcés ?

Inscrite dans le circuit des world series Ö Till Ö, cette nouvelle épreuve était pourtant magique par son cadre sauvage entre vieilles pierres et îlots paradisiaques et un archipel d'îles somptueuses à traverser. Une journée exceptionnelle, ensoleillée malgré un vent soutenu et que nous avons vécue avec mon partenaire Matthieu, entre souffrance et émerveillement...

Un soir de Noël dernier, je reçois un mystérieux message. Matthieu, que je ne connais ni d'Ève ni d'Adam, me propose de former une équipe pour concourir sur un swimrun longue distance en Croatie.

Je m'enthousiasme vite à cette idée. Je cherche depuis un certain temps un partenaire en région parisienne. Me lancer sur ce genre d'épreuves enchaînant plusieurs sections de natation et de course à pied est un rêve depuis la création de la discipline. Mais, pour une question de sécurité, le swimrun se pratique par équipe de deux. Et chaque binôme doit rester côte à côte durant toute l'épreuve !

C'est pourquoi il existe un premier frein : trouver un partenaire du même niveau en course à pied et en natation. Surtout lorsque il s'agit de parcourir, comme à Hvar, une dizaine de kilomètres de natation en pleine mer combinés avec une quarantaine de kilomètres de trail dans la caillasse !

carte swimrun hvarSoit une journée de course avec un certain nombre de difficultés comme les courants, les 800 mètres de dénivelé et les aléas de l'alimentation... La compatibilité de nos niveaux respectifs se pose donc immédiatement avec le licencié du Levallois Triathlon. Sur le papier, Matthieu est au-dessus en natation, moi, en course à pied. Mais, l'un comme l'autre, on rêve déjà de cette traversée des cinq îles, de la dizaine de sections de natation et autant en course à pied. « De toute façon, on n'y va pas pour la perf. Le plaisir d'abord ! », convenons-nous finalement.

Mais dès les trois/quatre séances d'entraînement en commun, nous voyons vite que Matthieu est bien au-dessus en natation... Un sentiment accentué par le déficit de forme que j'endure depuis un bon mois. Allons-nous prévoir une longe (corde) pour se tirer sur les différentes sections natation et de trail ?

 Matériel et alimentation : le défi swimrun !

Le swimrun a été inventé en 2006, en Suède (Ö Till Ö signifie d'île en île, en Suédois). Et la particularité, dès l'origine, était de rallier des îles, à la nage, dans des eaux froides (10° C à 13° C), mouvementées et par de forts courants. Aussi, la combinaison devient vite obligatoire. Il faut aussi nager avec les chaussures, pour pouvoir enchaîner les séquences de crawl avec la course dans les rochers, les bois ou les sentiers de montagne (on a eu les trois à Hvar).

Dès lors, la question de l'équipement est stratégique. Va-t-on nager dix bornes avec des plaquettes aux mains (il faut avoir les bras) et de quelle taille ? Glisse-t-on un pull-buoy (flotteur entre les jambes) pour compenser le poids des chaussures ? Et quel est le moyen le plus rapide pour enlever le haut de la combinaison afin de courir sur les longues sections (17 km avec du dénivelé pour la plus dure de l'épreuve croate) ?

Plus on s'équipe, plus il faut « gérer » le matériel tout au long de l'épreuve... Courir en défaisant le haut de la combinaison après avoir oté la chasuble portant notre numéro d'équipe. Gérer bonnet, lunettes (et pince-nez pour moi). Tenir les plaquettes. Et remettre le tout avant de sauter des rochers vers l'écume de vagues véhémentes...

Question plus sensible encore, que  fait-on pour la boisson et l'alimentation ? Impossible de rester à jeun pendant 8h45 de course (même si nous pensions mettre une bonne heure de moins !). Quatre ravitaillements, dont le premier exclusivement liquide, seront-ils suffisants ? Ou faut-il caler une gourde tissus et des gels dans la combi ?

 « Coupe tes jambes ! »

otillo hvar 2017Lors du briefing, la veille de la course, où nous apprenons d'ailleurs un revirement de parcours à cause de forts courants, Matthieu revient à la charge : « coupe au moins les jambes de ta combi ! » J'ai du mal à sacrifier ma Head Swimrun base toute neuve. Mais en arrivant sous le soleil dans la vieille ville portuaire de Hvar, ce dimanche de course, je le rejoins dans sa chambre avec la paire de ciseaux empruntée, au passage, à l'accueil de l'hôtel Amfora.

Une demi-heure plus tard, un peu tendues malgré le cadre magique, les 101 équipes sont réunies sous l'arche de départ avec comme encas quelques centaines de mètres à courir vers le port pour plonger dans l'eau de l'Adriatique à 15°C et attaquer une première traversée de la baie. Matthieu et moi partons tranquillement à l'arrière, pull-buoy fixé sur l'extérieur de la jambe.

Fraîcheur de vivre ! Le coup de fouet passé, à l'entrée dans l'eau, il faut absolument coller son partenaire dans un magma de battements de chaussures et de plaquettes. Myope comme je suis, je repère tout de suite le point jaune sur la semelle de Matthieu et ses plaquettes bleues, qui seront assez distinguables ! Il faut dire qu'en hivers, à Paris, nous avons fait l'économie d'entraînement en eau libre. Donc, on s'élance sans filet... Ni longe d'ailleurs.

J'arrive à peu près à pister Matthieu... Mais dans les rochers, je cherche Matthieu devant avant qu'il ne me retrouve après une sortie encombrée. Tout de suite, sur le long de la rive, nous nous retrouvons avec l'autre équipe de Levallois Triathlon, Franck et Martina, presque la locale de l'étape. En effet, Martina est parisienne et croate. Seule Croate de l'épreuve. Ce qui explique les interviews qu'elle a accordées la veille aux médias locaux qui l'ont mise en avant.

Chat et souris

Je profite de la course en file indienne sur la promenade pour remettre la lanière de mes lunettes qui a déjà lâché. Avant d'attaquer à la 45ème place la première section sérieuse de natation  (1700 mètres). Toujours à chercher les pieds de Matthieu, j'ai vraiment l'impression de jouer à cache-cache. Toujours la tête au-dessus de l'eau, façon polo, en appui sur mes  plaquettes jaunes.

Dans la houle, je commence à subir une première déconvenue. Une horrible buée obstrue sérieusement mes prises de repères. Quel idiot d'avoir choisi les lunettes de natation de vue plutôt que celles de d'habitude. Erreur de débutant.

Mais où est passé Matthieu ? J'ai évidemment évité le paquet par la gauche quand lui a pris par la droite avec une meilleure trajectoire. Allez, vu là-bas ! Vive les plaquettes bleues. Faut recoller. Enfin la plage, on va pouvoir se réchauffer en courant 7 bornes sur des sentiers longeant de magnifiques panoramas, rocheux et boisés à souhait.

On expérimente alors le retrait bonnet-lunettes-chasuble-haut-de-combi en trottinant en côtes serrées. Pas simple. Après 2 km, nous croisons les premiers, déjà sur le retour, qui sont à fond, notamment le binôme des forces armées suédoises qui va remporter l'épreuve.

Je n'en reviens pas : au demi-tour, le ravito ne propose que de la boisson. Rien à manger avant d'attaquer les bornes de natation. Je vais mourir... On a déjà 1h04 de course et dix minutes de retard sur les premiers. Et on replonge bientôt depuis la plage boisée pour 3 km de natation de véritable traversée en pleine mer. Franck et Martina viennent juste de nous précéder à la transition.

Rumeur et coup de Trafalgar

Bien sûr, on l'attendait celle-là. D'autant que ce morceau majeur de la natation a été déplacé la veille pour éviter que les swimrunners dérivent au large. Et, au final, combien d'équipes ont été repêchées ou se sont retrouvées au pied du phare.

Pour poser la difficulté, un très bon nagueur termine les 3,8 km de natation d'un Ironman (sans plaquette, sans pull-buoy !) en 50 minutes, un mauvais nageur comme moi en 1h10. Et bien les 2,9 km de natation avec le matériel swimrun ont été parcourus entre 1 heure (premiers) et plus de 2 heures.

Alors quelles déconvenues a subi notre duo face aux éléments ? Moi, je n'ai pas pu faire grand chose, tant la buée de mes lunettes avait tiré un rideau opaque. Difficile de me repérer dans la houle se creusant au fur et à mesure que l'on s'approchait de l'archipel Patlinski Otoci. Heureusement, Matthieu avait corseté à sa taille un ballon rose, obligatoire, pour une question de sécurité.

« Je n'aurais pas dû écouter une fille, me dira plus tard Matthieu. Elle disait qu'il fallait viser le phare. Alors qu'en réalité, la directive était de ne surtout pas aller vers le phare pour ne pas être pris dans les courants... » Et c'est effectivement un bateau qui nous a dit de bifurquer dans l'autre direction...

Malgré ce détour et une douloureuse remontée de courant, sous les hourras des supporters du bâteau accompagnateurs, Matthieu nous mène sans trop d'encombre à bon port. Mais après 1h22 dans l'eau froide, nous subissons un vrai coup de grisou. Matthieu grelotte. Moi, avec l'eau salée avalée et le froid, j'ai les intestins en vrac.

Nous perdons seulement une place sur cette longue section de natation. Mais mon arrêt toilettes nous coûtera ensuite trois places de plus. Et pas des sensations terribles pour la suite. Côté positif, nous pouvons enfin nous ravitailler après 2h50 de course.

 Barrières horaires

swimrun Hvar longue distanceLes images qui défilent sont paridisiaques. Une succession d'îles désertes, entre forêts et portions rocheuses, et des plongeons dans de vraies piscines naturelles protégées par des baies. Nous ne boudons pas notre plaisirmalgré les sensations de froid. L'archipel est assez vite parcouru malgré l'absence de portion de course à pied vraiment roulantes. Et une première chute, pour moi, sur une racine que l'absence de lunettes de vue ne m'a pas permis d'éviter.

Il nous faut déjà penser à rejoindre l'île principale. Et, qui donc nous arrête au milieu de notre course ? Mikael Lemmel en personne, le Suédois créateur des swimruns et organisateur des championnats du monde. Il est là pour nous avertir de la dangerosité du courant que nous allons affronter et nous fixe un repère sur l'île opposée (moi je ne vois rien !), pour ne pas trop dériver.

Ces dernières 56 minutes de traversée se font mieux, pour moi, c'est-à-dire sans buée. Et nous passons après une petite course à pied dans la ville de Hvar, et l'avant-dernière barrière horaire. « Don't stop too long. You have just time to have the next cut-off ! », assènent les bénévoles croates.

Il nous faut nous arracher du ravito pour attaquer le défilé interminable de marches qui montent jusqu'au château-fort avant d'attaquer la montagne jusqu'à l'autre côté de l'île. La vue imprenable et le dénivelé me font du bien. Je retrouve des sensations. Et nos échanges lapidaires avec Matthieu marquent l'inquiétude de ne pas avoir la dernière barrière horaire, qui nous éjecterait de l'épreuve.

« Quoi qu'il en soit, on termine ! », exhorte Matthieu. On est en phase. Et que la vue est belle. Boum. Nouvelle chute. Bon, on marche pour terminer la côte dans les sentiers de pierres. C'est l'heure du goûter, et arrivé sur la côte Nord de l'île, au ravitaillement, je m'empifre de bonbons. Les bénévoles hallucinent.

Là, je dois dire, je pends mon pied. Je sais que ce sont les derniers 1800 mètres de natation. Car les deux sections suivantes en mer viennent d'être supprimées face à la difficulté mal évaluée de l'épreuve. Je nage, je me sens poisson, en plus on a enfin une mer d'huile, et c'est magique de passer de crique en crique. Sur ce coup, j'ai lâché les basques de Matthieu. Le grand bleu.

Le palpitant bât d'extase. Je pense à Ben Pernet, mon coach, en le remerciant mentalement de tout cœur pour sa prépa à faire des pompes sur le bord de la piscine tous les 100 mètres ou à nager avec des balles de tennis dans les mains. Je me laisse enfin glisser.

Le truc, c'est qu'en sortant de l'eau, avant d'aborder les 17 kilomètres de dénivelé par une côte à fort pourcentage, nous ne savons pas à quelle heure est la dernière barrière horaire. Car, tout a été décalé...

Manon, Matthieu et moi

otillo hvar arriveeDifficile de courir avec la chaleur mais quand des bénévoles à un croisement du sommet nous encouragent à nous dépêcher, on repart au pas de course. Puis marche, la côte est longue. Et, l'omniscient Mikael Lemmel, en voiture cette fois-ci, nous somme à son tour d'aller plus vite.

Le sommet, la barrière horaire, et le ravito ! Ça vaut bien les trompettes de Jéricho. Nous serons finishers. On trinque avec Matthieu, heureux comme des enfants. Nous sommes 49ème, mais un duo de petites Suédoises va nous passer dans la dernière section.

Manon, elle, ne sera malheureusement pas finisheuse officielle. Pourtant, la jeune ultra-trailleuse les avait dans les jambes. Mais son partenaire était à bout de force, le mental par terre. Manon se joint donc à nous pour revenir sur le bon côté de l'île par des petits sentiers qui ne m'épargneront pas une nouvelle chute dans les pierres.

Si la discussion animée de notre trio nous permet de penser à autre chose sur cette longue fin de course, j'encaisse un coup de chaud. Plus de jus. Je comprends mon erreur d'alimentation et d'hydratation. Car je n'ai rien emporté comme Matthieu. C'est lui d'ailleurs qui maintenant a pris la tête.

Les dernières belles images des criques que nous surplombons, de cette île toute ronde comme un cratère de fusée, et de la ville dont on se rapproche sont magiques. Puis le petit port de Hvar et ses petits bateaux de pêche, au loin l'arche d'arrivée au cœur de la ville médiévale. Un bonheur que nous partageons à trois. Malgré la désapprobation du Lemmel international qui nous voit franchir irrégulièrement la finish-line avec Manon.

8h46 et avant-avant-dernier. Mais le bonheur de faire partie des 52 équipes qui terminent quand 58 autres, malheureuses, n'ont pu aller au bout.

A l'issue de l'épreuve, Matthieu m'a dit : « je ne changerais rien, et surtout pas le cadre ! » Moi, je changerai bien des points techniques. Mais, j'avoue, je ne peux penser à cette épreuve, regarder la médaille sans ressentir un immense bonheur. Je rêvais tant de swimrun longue distance et sauvage ! Merci, Matthieu, pour cette aventure qui a été bien plus qu'une course...

Bien sûr, je n'oublie pas Jérôme avec qui j'avais fait mon premier swimrun l'an passé, sur un sprint. Je note aussi que nous sommes nombreux, dans cette discipline qui décolle à peine en France, à nous lancer avec des partenaires occasionnels, parfois habitant des régions différentes. Pas toujours évident, donc, de s'entraîner ensemble...